Ourasi fête ses 28 ans
P RÈS de Bayeux (Calva- dos), à quelques hennissements du haras d4Etreham, de l'autre côté de la nationale 13, se trouve une légende vivante :
OURASI. Vivant et bien vivant, car ce nonagénaire (à l'échelle humaine) fête aujourd'hui ses 28 ans au haras de Gruchy, dans un état de forme incomparable. Si beaucoup le croient mort, c'est
parce que les chevaux de course atteignent rarement la trentaine, un peu comme ces acteurs d'un autre temps dont on s'étonne qu'ils soient toujours en vie. Et pourtant, le trotteur aux quatre
Prix d'Amérique (record inégalé et probablement inégalable), quadrupède hypermédiatisé au coeur de tous les drames et scandales humains, étalon peu fertile mais héros dominateur, n'a pas fini de
séduire. On vient le voir de partout, parfois de très loin et même de l'étranger, parfois de la région, comme Annie Jumel qui, pour rien au monde, ne manquerait sa visite quotidienne : «
OURASI est mon confident. Je lui raconte mes joies, mes peines et son regard me répond. Il a tout dans le regard ! Quand mon mari maccompagne, il me boude. Je crois qu'il est jaloux. » Unique il
était, unique il est resté. Trotteur au milieu des pur-sang, OURASI ne rapporte plus rien depuis longtemps et fait pourtant l'objet de toutes les attentions : «C'est un seigneur, dit Pierre Lamy,
directeur du Haras de Gruchy, et il est traité comme tel avec un immense paddock pour lui tout seul.D'ailleurs, il ne tolère aucun autre cheval à ses côtés et les humains sont triés sur le volet,
même si, avec l'âge, son caractère s'est adouci. » Vieillard ingambe mais toujours autoritaire, OURASI a gardé son pouvoir de fascination et quelque part aussi ses muscles d'athlète… à moins que
ce ne soit un flash-back du passé qui, à travers cette icône, semble avoir conclu un pacte avec le présent.
Propos de Jean François Pré